Encore la même chose ? C'est pour mieux apprendre !

« Encore les mêmes mots ? » Oui, et c’est peut-être une bonne chose

Dans un précédent article, j’évoquais ces élèves qui répondent avant même d’avoir vraiment compris la question. Ils reconnaissent une forme d’exercice, repèrent quelques indices, puis appliquent une réponse connue. Dans ce cas, la répétition peut produire un effet “pilote automatique”.

J’espère que vous avez bien compris qu’il ne s’agissait pas d’un plaidoyer CONTRE la répétition dans les apprentissages. En réalité, ce n’est pas la répétition qui pose problème : c’est la répétition sans attention, sans compréhension, sans évolution de la tâche.

Au contraire, j’aurai plutôt tendance à militer POUR la répétition. On dit toujours que c’est comme ça qu’on apprend ; et si on en revient à un de mes premiers articles, ça correspond au fonctionnement du cerveau : en empruntant plusieurs fois le même trajet neuronal, on renforce la connexion entre les neurones.

Imaginez-vous dans une situation d’apprentissage :

quand on apprend à conduire, au début, il faut penser à tout : appuyer sur l’embrayage, passer les vitesses, regarder dans les rétroviseurs, actionner les clignotants, mettre les essuie-glaces, surveiller la route. Chaque geste demande de l’attention. Puis, à force de répétition, certains gestes deviennent presque automatiques. On peut alors mieux anticiper, s’adapter à la circulation, repérer un danger.

En lecture, il se passe quelque chose de comparable.

Au début, lire un mot demande beaucoup d’efforts : reconnaître les lettres, les associer aux sons, fusionner, retrouver le mot, accéder au sens. Si chaque activité propose de nouveaux mots, de nouvelles images, une nouvelle consigne et un nouveau support, la charge peut vite devenir trop lourde.

Relire les mêmes mots permet alors de garder des repères stables. Le mot est connu, mais la tâche change : un jour, l’attention porte sur le son ; un autre jour, sur les lettres, les syllabes, la place d’un son dans le mot ou la lecture d’une phrase simple. L’élève ne recommence pas exactement la même chose : il s’appuie sur du connu pour travailler autrement.

Pour les élèves débutants, DYS, sourds ou en grande difficulté avec l’écrit, ces mots connus sont aussi un appui important. Ils permettent de se dire : “Celui-là, je le connais. Je peux essayer.”

Répéter les mêmes mots, ce n’est donc pas tourner en rond. C’est consolider des repères pour libérer de l’attention, gagner en confiance et pouvoir aller plus loin.

La répétition devient problématique quand elle remplace la réflexion. Mais lorsqu’elle est accompagnée, variée dans les tâches et reliée au sens, elle devient un vrai levier d’apprentissage. C’est cette logique qui guide aussi les supports de lecture proposés par Nath, Prof CAPEJS : des mots familiers, des tâches qui évoluent, et des repères stables pour aider l’enfant à avancer.

Pour que cette répétition reste utile, l’adulte garde un rôle important. Il peut encourager l’enfant, valoriser ce qu’il reconnaît déjà, mais aussi l’aider à mettre du sens sur ce qui change : “Qu’est-ce que tu reconnais ?”, “Qu’est-ce qui est nouveau aujourd’hui ?”, “Comment sais-tu que c’est ce mot ?” Ces questions simples évitent que la répétition devienne lourde ou mécanique. Elles montrent à l’enfant qu’il ne refait pas seulement la même chose : il s’appuie sur du connu pour avancer.

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